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Hors Les Murs

extrait politique du livre de la subversion à la subvention : l’art urbain entre pratique illégale et commande publique à l’âge du capitalisme culturel à paraître en 2020 – mis en ligne ce mois de juin 2020 parce qu’il y a urgence ! texte de Pauline de La Boulaye, auteure, productrice

En 2020, art urbain = street art / graffiti. Dans le métro, sur les volets baissés, dans les zones grises, sur les murs des écoles, dans les galeries d’art, sur les tee-shirt, dans les toilettes, sur les paquets de biscuits, au musée, dans les gares … les graffiti sont partout. Le street art n’est plus le langage subversif de groupes marginaux mais le code marketing des produits de consommation de masse et le signe d’une œuvre d’art pour les experts de la culture. Cette reconnaissance populaire et élitiste est fascinante. Il y a dans le fait de travailler à même les murs, quelque chose de profondément humain. Quelque chose qui nous ramène aux premiers graffiti, aux fondements de la création artistique, lorsque les anciens gravaient des images dans la matière, pour qu’elles leur survivent. Il me semble que le street art perpétue cette mémoire archaïque. Ce qui expliquerait  la place considérable qu’il a prise dans notre quotidien et notre imaginaire collectif.

Pourtant le street art n’est qu’une partie de l’art urbain. Les arts urbains sont vastes : il existe  d’innombrables façons de créer dehors, dans la rue. Ceci depuis aussi longtemps que les villes existent. Les arts urbains se sont particulièrement développés avec l’expansion de la ville moderne dans les années 1960 : la performance, les arts de la rue, la sculpture sociale, les happenings sont des réactions épidermiques à la planification urbaine, un refus manifeste de l’organisation des vivants dans des espaces quadrillés…

L’artiste Gordon Matta-Clark disait : « Je crée des formes à partir de la matière de la ville : son état, sa souffrance. » Il demandait : « Qu’est-ce que l’art peut apporter à la communauté ? » Il se donnait pour mission de « créer des circonstances pour réunir les gens à travers ses œuvres ».

Je m’inscris dans sa lignée et dans les pas de la danseuse Anna Halprin (née en 1920), des dériveurs Situationnistes (1957), de Michel Foucault, philosophe éclaireur des espaces autres (1967), du funambule Philippe Petit en équilibre entre les Twin Towers (1974), des artistes-marcheurs Stalkers (1996)… Mon intention est de maintenir un regard ouvert sur les diverses formes de création dans la ville, les médiums qui explorent l’espace social, politique et public – les œuvres qui font le lien entre subversion et subvention, entre marge et norme. Il m’importe d’ouvrir l’éventail des arts urbains aux yeux des habitants, des responsables de ville et des institutions culturelles. Car les artistes qui travaillent l’urbain ont un rôle à jouer dans la mutation urbaine et l’imaginaire commun. Un rôle fondamental, dans le sens de fondateur.

1 – Des arts urbains… Dans la première partie de ce texte, j’expose des installations artistiques apparues à Bruxelles depuis 2000 et leurs récentes conditions de productions (commandes, contrats de quartier, réaménagement urbain). Je présente aussi des expériences vécues à travers ma pratique d’analyse et d’accompagnement de projets d’arts urbains.

2 – … aux arts urbains collectifs : Dans la seconde partie, je propose des pistes d’aménagements des rapports entre artistes et villes en s’appuyant sur des processus artistiques collectifs. La production d’arts urbains collectifs est un projet pour une société dans laquelle il va falloir cohabiter entre humains ainsi qu’avec les autres vivants. Les conditions d’apparition de cette forme artistique n’ont rien à voir avec les systèmes de production artistique existants. Il est donc urgent de mettre en place une politique publique propre aux arts urbains collectifs.

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Voici l’énergie qui me pousse à traverser les murs, les images et à éprouver les lieux et nos manières d’habiter. Merci Benoit Dochy pour cette photo volée lors du 4ème et dernier jury de architectures ! inventaire collectif.

Cette étape se jouait à Bruxelles avec un jury symétrique d’architectes et d’habitant.e.s. Elle succédait à 3 jurys-étapes à Tournai, Liège et Pont-à-Celles.

Entre juin et octobre 2019, nous avons habité l’espace public 24h/24, rencontré des riverain.e.s et acteur.trices de terrain, visité 28 constructions, interrogé les architectes, débattu sur les places avec les habitant.e.s et les expert.e.s…

L’épreuve du terrain et la répétition de 3 assemblées publiques ont affiné une mécanique participative au départ hypothétique. Des différents jurys que j’ai organisés (et c’est un exercice qui me tient à coeur depuis mon projet « l’art hors-la-loi » en 2008), je suis particulièrement étonnée de la justesse de celui-ci entre expertises et usages, entre savoirs et pratiques. Cela demande un travail abyssal de remises en question et de précision pour dérouter autocensure, plafonds de verre ou violence institutionnelle qui s’invitent parfois dans des processus de décision publique. Car il s’agit bien ici d’influencer les formes de nos lieux de vie à venir.

Je suis donc transformée par cette expérience unique, fruit d’une précieuse co-contruction avec l’architecte Gilles Debrun et le collectif artistique Habitants des images. Il nous faut désormais co-écrire le livre dans lequel vous découvrirez 45 constructions sélectionnées à l’issue d’une épopée de 4 jurys-étapes, où rien n’a été laissé au hasard et les arbitrages ont été pesés au travers de 4 critères : environnement, gouvernance, social, esthétique. Sans oublier les actions engagées pour transformer nos villes, nos paysages et nos vies que nous avons recensées.

Merci à la cellule.archi, de la fédération Wallonie Bruxelles et à WBArchitectures d’avoir choisi notre proposition et de nous accompagner dans ce chemin pavé d’inattendus.

Merci à tou.te.s les personnes rencontrées en chemin.

Pour nous rejoindre https://architectures2016-2019.com

Pauline de La Boulaye

Conférence dans le cadre du colloque international – de la subversion à la subvention : l’art urbain entre pratique illégale et commande publique à l’âge du capitalisme culturel

Université libre de Bruxelles, Faculté d’Architecture La Cambre Horta, Bruxelles

jeudi 29 novembre 2018

Julien Celdran, Paraboles Custom 2, rue Navez, Schaerbeek, 2011

Julien Celdran, Paraboles Custom 2, rue Navez, Schaerbeek, 2011

Résumé


En art comme en politique, se pose la question de la représentation. L’art urbain au sens large se trouve au centre de cette question. Il oscille entre les codes mainstream de la société de consommation, les critères officiels de l’art, et la réalité urbaine avec ses enjeux sociétaux (migration, environnement). Or, le vécu des citadins reste souvent coupé des formes qui les entourent. Je m’intéresse aux artistes qui cherchent à recoudre cette coupure. Pour eux, co-habiter est un art politique : ils expérimentent la vie en commun (friches, fabriques) et initient des pratiques artistiques urbaines impliquant les habitants. Quelles perspectives d’évolution pour ces artistes dans les projets de ville ?

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Colloque international

Université libre de Bruxelles, Faculté d’Architecture La Cambre Horta, 19 place Flagey, Bruxelles

mercredi 28 – jeudi 29 – vendredi 30 novembre 2018

Entrée libre

L’art urbain entre pratique illégale et commande publique à l’âge du capitalisme culturel

Argument du colloque

Comme toutes les grandes villes européennes, Bruxelles est touchée depuis des années par une vague d’interventions artistiques en marge des institutions traditionnellement à la manœuvre pour la gestion de la culture dans l’espace public. Du Street Art aux arts performatifs, nombre de pratiques créatives ponctuent désormais l’espace et le temps des usagers de la ville. Réalisées à l’origine dans la clandestinité et en toute illégalité, leurs auteurs ont gagné d’abord en reconnaissance auprès des citoyens puis des institutions – monde de l’art, autorités publiques, marché privé.

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conférence pour l’inauguration de l’école supérieure des arts du cirque – ésac, Bruxelles le 20 avril 18

Intention

Le monde est dans la salle, sur les gradins. Le monde ce sont les autres, ceux qui regardent. Ceux qui font fonctionner le « corps social ». Et sans qui le spectacle n’a pas lieu. Les artistes de cirque en font partie, du « corps social » et en même temps, ils / elles sont à la lisière, au bord, à la frontière. Elles / ils questionnent les normes du « corps social » : repoussent les limites des corps, défient la mort, détournent des objets, fissurent les images-écrans, fabriquent des espaces autres, expérimentent des formes d’autonomie collective. C’est ainsi que depuis l’Antiquité, ils / elles dénouent nos regards, désegmentent le monde et assouplissent le « corps social ».

Conférence

J’ai le sentiment que c’est important ce nouveau départ pour l’ésac à Bruxelles en 2018. Parce qu’une école supérieure pour les arts du cirque, c’est rare, c’est fragile et ça n’existe que depuis les années 80 en Occident (mettons de côté la Chine et la Russie.) Read More

paru dans Le Bilan des Auteurs #3, publication de la Scam* Belgique, juin 2016

Voici quatre lieux singuliers à Bruxelles. Quatre lieux qui ont été – un temps – laissés à l’abandon. C’est durant cet épisode de désaffectation, quand plus personne n’est là pour repousser la nature, que l’on se met à les appeler des « friches urbaines ». Il n’y a pas de label, pas de loi qui décrète et reconnaît une friche urbaine. Cela s’installe tout seul dans les représentations collectives du quartier, des passants, dans l’inconscient de la ville. Chacun peut y projeter ses envies, ses angoisses, ses rêves. Cette parenthèse dans la densité urbaine ouvre des perspectives. Jusqu’à ce que la friche soit convertie, re-pro-gram-mée. Mais quand la parenthèse dure, ce qui est courant à Bruxelles, des personnes se mettent à prendre soin de la friche. En l’absence d’affectation, une sorte d’affection lui est portée. C’est ainsi qu’elle devient un territoire alternatif, un lieu où une autre urbanité est possible.

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