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Cirque

conférence pour l’inauguration de l’école supérieure des arts du cirque – ésac, Bruxelles le 20 avril 18

Intention

Le monde est dans la salle, sur les gradins. Le monde ce sont les autres, ceux qui regardent. Ceux qui font fonctionner le « corps social ». Et sans qui le spectacle n’a pas lieu. Les artistes de cirque en font partie, du « corps social » et en même temps, ils / elles sont à la lisière, au bord, à la frontière. Elles / ils questionnent les normes du « corps social » : repoussent les limites des corps, défient la mort, détournent des objets, fissurent les images-écrans, fabriquent des espaces autres, expérimentent des formes d’autonomie collective. C’est ainsi que depuis l’Antiquité, ils / elles dénouent nos regards, désegmentent le monde et assouplissent le « corps social ».

Conférence

J’ai le sentiment que c’est important ce nouveau départ pour l’ésac à Bruxelles en 2018. Parce qu’une école supérieure pour les arts du cirque, c’est rare, c’est fragile et ça n’existe que depuis les années 80 en Occident (mettons de côté la Chine et la Russie.) Read More

paru dans Le Bilan des Auteurs #3, publication de la Scam* Belgique, juin 2016

Voici quatre lieux singuliers à Bruxelles. Quatre lieux qui ont été – un temps – laissés à l’abandon. C’est durant cet épisode de désaffectation, quand plus personne n’est là pour repousser la nature, que l’on se met à les appeler des « friches urbaines ». Il n’y a pas de label, pas de loi qui décrète et reconnaît une friche urbaine. Cela s’installe tout seul dans les représentations collectives du quartier, des passants, dans l’inconscient de la ville. Chacun peut y projeter ses envies, ses angoisses, ses rêves. Cette parenthèse dans la densité urbaine ouvre des perspectives. Jusqu’à ce que la friche soit convertie, re-pro-gram-mée. Mais quand la parenthèse dure, ce qui est courant à Bruxelles, des personnes se mettent à prendre soin de la friche. En l’absence d’affectation, une sorte d’affection lui est portée. C’est ainsi qu’elle devient un territoire alternatif, un lieu où une autre urbanité est possible.

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Article publié dans C!RQ, janvier 2015, Bruxelles

Nos corps nous appartiennent-ils ?

C’est fou tout ce qui concerne notre corps et nous échappe : les codes vestimentaires, l’alimentation que nous lui administrons, ce qu’en pensent les médecins quand il faut le soigner. Loin des abus de pouvoir sur les corps qu’engendrent les guerres ou les totalitarismes, nous devons rester vigilants : cela conditionne nos comportements et restreint notre liberté. C’est ce qu’historiens et philosophes nomment le « corps social ».

Les artistes de cirque sont maîtres de leur corps. D’où leur esprit libre. Car en dépassant les limites corporelles, ils abattent de nombreuses frontières mentales. L’assouplissement corporel libère. La dislocation, la contorsion, le renversement des corps ne sont pas des positions dites normales. Il y a quelque chose de subversif et libérateur pour le public.

Le cirque n’est pas un soin palliatif pour amuser un « corps social » moribond. C’est bien plus grave, bien plus digne. Le cirque sème l’idée de co-opérer : fonder un autre « corps social » à partir des corps hétérogènes, sans exclusion. Il représente une utopie : s’approprier son corps, décider de l’alimentation, des soins qu’on lui porte ; l’envisager comme un tout et non, morcelé par le pouvoir politique, dénaturé par les industries agro-alimentaires ou segmenté par la recherche médicale. Et puis, se porter les uns les autres au lieu de se diviser.

Ce corps n’est pas éternel. Nous sommes tous précaires. C’est notre seul bien commun sur terre.

Pauline de La Boulaye

Autre article publié dans ce numéro : Parlez-vous cirque ? (page 28-29)