Cirque, Parade, Fête foraine : genres OVNI

Conférence donnée à l’Institut Supérieur d’Etude du Langage Plastique (ISELP) de Bruxelles, 2011. Dans le cadre d’un programme intitulé Célébrations : rites, résurgences, élans festifs dans la création contemporaine

  • L’art contemporain a-t-il un rapport avec le monde contemporain ?
  • Comment se sentent les artistes ? Contemporains ?
  • Pourquoi construit-on de plus en plus de musées d’art contemporain dans le monde ?
  • Pourquoi collectionner l’art contemporain ?
  • Peut-on interdire l’art contemporain ?
  • Y a-t-il un art qui mérite d’être désigné comme contemporain, en dehors du marché de l’art contemporain ?
  • Qu’y aura-t-il après l’art contemporain ?

A travers des articles, des essais, des manifestes, des conférences, des débats, des expositions, des associations, je me suis beaucoup débattue avec cette notion, parfois jusqu’à l’épuisement.

Le problème est que la notion de « contemporain » est particulièrement indéfinissable. Par contre, elle exclue avec une efficace cruauté tout ce qui pourrait être par malheur : inactuel, daté, figé dans un genre, démodé, ringard. Le « contemporain » se définit par défaut et ne peut donc supporter d’être remis en question.

Bref, cela m’a éloigné de mon sujet qui est d’explorer : la création artistique, sa force, ses formes, son importance pour l’évolution humaine.

En parallèle, à côté, de cette mission dans le royaume de l’art contemporain, je me suis mise à écrire sur le cirque. Cela s’est fait sans intention, sans ambition. Une rencontre fortuite avec un magazine français qui s’appelait, à l’époque, les Arts de la Piste, aujourd’hui STRADDA. Et le sujet m’a envoûtée. Depuis 2003, j’ai été la rencontre de ces artistes qui étaient d’un autre monde pour moi. La qualité de ces rencontres est difficilement comparable. J’ai beaucoup appris sur le mystère de la création et sur la vie. J’y ai aussi retrouvé des valeurs que je ne trouvais pas dans l’art contemporain (malgré ma persévérance). C’est ainsi que c’est construit ma connaissance de cet univers. Par pure compensation.

Depuis 7 ans, je vais et je viens entre le monde des arts visuels et le monde du cirque. J’ai toujours eu besoin de retourner au cirque, pour retrouver des repères fondamentaux et garder un équilibre dans mon travail d’observation de la création contemporaine. C’est ainsi que j’ai exploré par morceau l’univers actuel du cirque.

Dans ma candidature pour animer des conférences à l’ISELP, le cirque avait cette place discrète, secondaire, que je lui ai injustement réservée jusqu’à présent.

Le cirque occupe malheureusement cette place secondaire pour l’ensemble de l’histoire de l’art. C’est un genre OVNI, très difficile à classer. Depuis une vingtaine d’années, le cirque fait partie officiellement du 6è art qui comprend très grossièrement tous les arts de la scène (danse, mime, théâtre, cirque). Ce qui est une façon d’ignorer superbement que le cirque est circulaire et ne dispose aucunement d’une scène.

Il y a des hasards heureux comme ce jour où le mot « cirque » a fait écho avec le mot « Célébrations » dans la tête d’Adrien Grimmeau et de Laurent Courtens : « Puisque l’ISELP célèbre ses quarante ans, nous pourrions ouvrir un séminaire sur le cirque. » Ce qui aura donc lieu aux mois d’avril-mai 2012 sous le titre : Nouveau Cirque, Nouveau siècle, 40 ans de mutation d’un art protéiforme.

C’est toujours un peu comme ça que le cirque apparaît quelque part. Je veux dire, là où on ne l’attend pas. Il surgit pour changer le décor, célébrer un anniversaire, bouleverser un ordre. Mais ce n’est jamais superficiel. Car le cirque touche à l’essence même de l’homme, de l’art et des lieux. Sous une apparente légèreté, il fixe ses amarres dans la profondeur de notre civilisation.

Je remercie donc les organisateurs pour cette invitation du cirque dans un institut dédié aux arts visuels et à l’art contemporain.

Car, je ne crois pas que le cirque est un art de la scène. Je crois plutôt qu’il s’inscrit dans le registre des pratiques collectives et des fêtes.

Tous les ingrédients de la fête et les rituels de célébrations y sont réunis : la musique, la danse, l’éphémère, la joie, l’oubli de soi et la présence d’une communauté, éventuellement le partage d’un repas.

Au contraire de toutes les autres formes de création, le cirque est donc par définition festif et rituel. (Ce qui n’enlève rien à sa qualité artistique, bien au contraire, ce devrait être une distinction légitime.)

Du coup, le thème de ce colloque Célébrations : rites, résurgences, élans festifs ne représente pas une nouvelle tendance pour le cirque mais plutôt un fondement, une genèse. Reste à savoir si cet alliage perdure dans le cirque d’aujourd’hui.

Je vous propose donc de parcourir dans un premier temps, l’histoire du cirque, des parades et des fêtes foraines, du Colisée de Rome au grand Barnum Américain.

Ce ne sera volontairement pas chronologique. L’histoire du cirque est  cyclique, elliptique. On y avance par circonvolutions.

Nous verrons d’abord comment nous avons fabriqué une image d’Epinal du Cirque Nomade, Moderne et Bohème de la fin du XIXè siècle aux années 1950.

Puis nous analyserons une autre vision : celle des origines antiques.

Enfin, je vous présenterai un aperçu plus actuel des rites du nouveau cirque et des fêtes urbaines. Comment le cirque d’aujourd’hui et les arts urbains ont assimilé ce double héritage moderne et classique ?  L’élan festif est-il toujours aussi fort ?

Pauline de La Boulaye

  • Pour télécharger la retranscription de la conférence, veuillez cliquer ICI (bientôt disponible)
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